Le Festival International du Cinéma d’Abidjan communément appelé Festival d’Abidjan s’enracine dans une passion, une vision et une nécessité : celle de redonner au cinéma africain toute sa place dans le développement culturel, économique et identitaire du continent.

Le constat : la situation du cinéma africain

Depuis les premiers pas du cinéma africain avec Afrique sur Seine de Paulin Soumanou Vieyra (1955) ou La Noire d’Ousmane Sembène (1966), les cinéastes du continent ont utilisé la caméra comme un outil d’émancipation, de mémoire et de conscience.
Cependant, au fil des décennies, malgré des pionniers comme Med Hondo, Désiré Ecaré ou Djibril Diop Mambéty, le cinéma africain a souffert d’un manque de moyens techniques, d’un déficit de formation, d’une dépendance financière extérieure et d’une faible structuration industrielle.
Ces réalités ont façonné une conviction : sans maîtrise des outils techniques, sans formation solide et sans coopération économique entre pays africains, le cinéma du continent resterait tributaire des modèles étrangers.

Mon envol vers l’Allemagne : apprendre à la source.

C’est cette prise de conscience qui m’a conduit en République Fédérale d’Allemagne.
Là-bas, à travers mes expériences de 1993 à 1999 au sein de Spiegel TV Hambourg, Offener Kanal TV et Light and Music Company, et des voyages d’immersion auprès de certaines universités comme HFBK ( Hochschule für Bildende Kunste) Ecole superieur des Beaux de Hambourg et certain festivals comme Oberthausen, Berlinades j’ai observé de près la rigueur de la formation audiovisuelle, la structuration des métiers, la valeur accordée à la technique, et l’organisation des circuits de production et de diffusion.
Ce séjour a été une révélation : le cinéma n’est pas seulement un art, c’est une industrie. Cette compréhension allait profondément orienter ma mission à mon retour en Afrique.

Le retour en Côte d’Ivoire : bâtir sur le terrain

De retour à Abidjan, j’ai voulu traduire cette expérience en action concrète.
J’ai d’abord initié Genesis TV, un projet de formation destiné à la formation des techniciens de l’audiovisuel, du cinéma et de la télévision, afin de renforcer les compétences médiatiques locales ; un projet d’envergure et d’opportunités hélas arrêté par la situation de la crise militaire de 1999.
J’ai ensuite collaboré à l’ouverture du département de cinéma à l’INSAAC, offrant un cadre académique à la jeune génération de cinéastes ivoiriens.
Plus tard, j’ai eu l’honneur de diriger l’unité de production audiovisuelle des Nations Unies en Côte d’Ivoire, une expérience qui m’a permis de mesurer l’impact stratégique de l’image dans la construction des sociétés et la communication institutionnelle. Mais au-delà de ces engagements, une réalité s’imposait : le cinéma ivoirien devait retrouver sa place dans la grande histoire du cinéma africain.

La situation du cinéma ivoirien : entre héritage et renaissance

Le cinéma ivoirien naît dans les années 1960 avec Sur les dunes de la solitude de Timité Bassori, considéré comme le premier film ivoirien, et la création de la Société Ivoirienne de Cinéma (SIC).
Durant les années 1970 et 1980, le pays connaît son âge d’or, porté par des figures majeures comme Henri Duparc (Bal Poussière, Rue Princesse) et Désiré Ecaré (Visages de femmes). Mais la décennie suivante marque un déclin, dû à la domination de la télévision et à l’absence d’une industrie structurée.
À partir des années 1990 et 2000, un souffle nouveau apparaît avec des réalisateurs comme Philippe Lacôte (Run 2014, La Nuit des rois 2020 ), Owell Brown (Le Mec ideal 2011) Alain Guikou (Serial Killer 2002) Alex Ogou ( Invisible 2018) , qui redonnent au cinéma ivoirien sa dignité et son ambition.

Le retour des salles de cinéma à Abidjan, la création du Fonds de soutien à l’industrie cinématographique (FONSIC) et de l’ONAC-CI ( Cote d’Ivoire Cinéma), ainsi que l’émergence du cinéma d’animation avec des studios comme Afrikatoon et Arobase Studio, témoignent d’une véritable renaissance du 7e art ivoirien.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit ma volonté de créer un espace panafricain de rencontre, de formation et de célébration du cinéma : le FESPAA (Festival Panafricain du Cinéma et des Arts d’Abidjan).

La rencontre fondatrice : naissance du FESPAA

la veille de cette aventure, une rencontre déterminante eut lieu entre des professionnels partageant une même vision.
C’est avec Jacques M’Broh, Joshima Toba et Johannes Emmanuel que le projet prit corps.

Jacques M’Broh, directeur artistique et spécialiste du patrimoine cinématographique africain, apporta sa connaissance profonde de l’histoire du cinéma, son sens de la mémoire et de la transmission.
Il fit du festival un espace d’ancrage culturel, reliant les pionniers du passé aux créateurs d’aujourd’hui.

Joshima Toba, journaliste et communicant, expert du management des départements cinématographiques, conçut la stratégie de communication et de visibilité du festival, ainsi que la médiation entre les institutions, les médias et le public.
Johannes Emmanuel, spécialiste du management et de l’exploitation de l’industrie cinématographique, structura le modèle économique et administratif du festival, afin d’en assurer la viabilité et l’impact durable.

Cette alliance donna naissance au FESPAAFestival Panafricain du Cinéma et des Arts d’Abidjan, une initiative ambitieuse qui entendait réunir les talents africains et promouvoir le cinéma et les Arts associés comme un moteur de développement et d’unité culturelle.

De la maturation à la transformation : le FESPAA devient le Festival d’Abidjan
Au fil des éditions préparatoires et des échanges professionnels, le FESPAA a évolué pour devenir une entité plus ouverte, plus inclusive et plus tournée vers l’innovation : le Festival International du Cinéma d’Abidjan (Festival d’Abidjan).
Ce changement de nom marque une nouvelle étape, celle d’un festival ouvert sur le monde, mais centré sur l’Afrique et ses créateurs.
Le Festival d’Abidjan se veut aujourd’hui un espace de convergence des idées, des formations, des coproductions et des innovations audiovisuelles, où se rencontrent la mémoire, la technique et la créativité.
C’est le fruit d’une histoire humaine et d’une volonté partagée : faire du cinéma africain une industrie forte, autonome et compétitive, au service de la jeunesse, de la culture et du continent.

Rencontre des personnalités et affirmation du projet

Après la transformation du FESPAA en Festival d’Abidjan, une nouvelle étape s’est ouverte : celle de la mise en relation et de la légitimation du projet à l’échelle continentale.

C’est à l’occasion du FESPACO au Burkina Faso, haut lieu du cinéma africain et symbole de la résistance culturelle du continent, que s’est opérée une série de rencontres déterminantes.

Au cœur de Ouagadougou, capitale du cinéma africain, nous avons échangé avec des personnalités emblématiques du 7ᵉ art, des maisons de production africaines et internationales, des acteurs émérites, des réalisateurs confirmés, mais aussi de jeunes créateurs porteurs d’une nouvelle vision.

Ces moments de dialogue et de partage ont permis de tisser des liens de coopération, d’obtenir des conseils stratégiques, et surtout, de confirmer que le Festival d’Abidjan répondait à une attente réelle et collective : celle d’un espace panafricain de création et de réflexion complémentaire au FESPACO, tourné vers l’innovation, la formation et la coproduction africaine.

C’est également lors de cette rencontre que l’idée des axes Abidjan – Afrique du Nord et Afrique Subsaharienne pour renforcer le maillage du cinéma africain a vu le jour. une vision d’unité et de continuité entre des capitales symboliques du 7ᵉ art africain.

Déclaration du projet au BURIDA : reconnaissance officielle

De retour à Abidjan, l’une des premières démarches fut d’assurer la protection intellectuelle et administrative du projet.
Le Festival d’Abidjan a été déclaré officiellement au Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA), garantissant ainsi son authenticité, sa légitimité et sa reconnaissance juridique.

Cette étape n’était pas seulement administrative : elle traduisait une volonté ferme de bâtir une institution durable, structurée et respectueuse des droits d’auteur, en cohérence avec les principes fondamentaux de la création artistique.
La déclaration au BURIDA a marqué le point de départ officiel de l’aventure, faisant du Festival d’Abidjan une entité légale et culturelle reconnue, prête à s’imposer dans le paysage cinématographique africain et international.

Tournée d’information et de mobilisation : poser les fondations

Dans la continuité de cette reconnaissance, une vaste tournée d’information et de concertation a été entreprise auprès des principaux acteurs du secteur culturel et médiatique.
Cette tournée visait à présenter le projet, recueillir les avis, établir des partenariats et fédérer les énergies autour de la vision du festival.
Les échanges ont concerné plusieurs pôles :

  • Les institutions culturelles et administratives :
    Fédération du Cinéma et de l’Audiovisuel, pour renforcer la synergie avec les acteurs professionnels ; Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA), pour garantir la protection et la valorisation des œuvres.
  • Les organes de diffusion et les médias :
    Télévisions, radios, presse et plateformes numériques ont été associés à la promotion du projet afin d’assurer une large visibilité au niveau national et international.
  • Les institutions académiques :
    Les universités et instituts de cinéma, dont l’INSAAC, l’ISTC, IUA, ISIS-Studio Ecole ont été intégrés dans la démarche pour créer un pont entre la formation, la création et l’industrie.
    Des ateliers, résidences de formation et masters class sont en préparation pour faire du festival un pôle éducatif et professionnel de référence.
    Cette tournée a permis de confirmer l’adhésion des milieux culturels, académiques et médiatiques à un projet perçu comme une force motrice pour la jeunesse et pour la revalorisation du cinéma africain

Le futur radieux du Festival d’Abidjan et de l’Afrique Le Festival d’Abidjan ne se veut pas simplement un événement, mais une institution de transformation.
Son ambition dépasse la projection de films : il s’agit de bâtir un écosystème durable, capable d’assurer la formation, la production, la diffusion et la promotion du cinéma africain dans toutes ses dimensions.
À travers ses programmes de formation, ses plateformes de coproduction et son marché du film, le festival aspire à :

  • Créer une nouvelle génération de professionnels africains, techniquement compétents et
    artistiquement affirmés ;
  • Stimuler la création locale tout en facilitant son accès aux réseaux de distribution internationaux ;
  • Faire d’Abidjan une capitale cinématographique africaine, complémentaire de Ouagadougou, de Dakar, de Lagos, de Carthage…
  • Et surtout, contribuer à l’unité culturelle et économique du continent par l’image.

Le Festival d’Abidjan porte une promesse : celle d’un avenir radieux pour le cinéma africain, où les talents du continent ne seront plus des suiveurs mais des bâtisseurs.
Il incarne la conviction que le cinéma est une arme de développement, d’éducation et d’influence, capable de changer le regard du monde sur l’Afrique et le regard de l’Afrique sur elle-même.

Conclusion

Le Festival d’Abidjan est plus qu’un simple rendez-vous artistique : c’est un projet de société, un mouvement de renaissance culturelle et une plateforme d’avenir pour le cinéma africain.
Né d’une vision partagée par des professionnels passionnés, il se veut le prolongement de l’histoire du cinéma africain et le témoin d’une nouvelle ère : celle d’un cinéma libre, autonome et innovant, qui s’assume comme moteur de transformation sociale, économique et identitaire.

À travers ses actions, le Festival d’Abidjan entend :

  • Révéler et accompagner les talents africains, en offrant des espaces de formation, de création et de diffusion ;
  • Encourager la coopération panafricaine et internationale, pour renforcer les liens entre les industries culturelles du continent et du monde ;
  • Valoriser le patrimoine cinématographique africain, tout en soutenant l’émergence de nouvelles écritures et technologies ;
  • Contribuer à la construction d’une économie du cinéma, génératrice d’emplois, de richesses et d’opportunités pour la jeunesse africaine.

Abidjan, par sa position stratégique, son dynamisme culturel et son ouverture au monde, devient ainsi le point de convergence des cinéastes, producteurs, chercheurs, acteurs et techniciens du continent.
Le Festival d’Abidjan incarne la conviction que le cinéma africain ne doit plus être en marge, mais au centre du récit mondial un cinéma fort, fier et fédérateur, à l’image d’une Afrique debout et créative.
Notre engagement : faire du Festival d’Abidjan une institution durable, un moteur de coopération, et un flambeau de la fierté culturelle africaine pour les générations à venir.